Défi Plume n°3 : Tout commence mal

After the disaster
Photo de ®Maxak8

Le Défi Plume c’est quoi ? Concept né sur Twitter il y a quelques mois et inventé par 4 passionnés d’écriture. Le but est d’écrire une petite histoire en suivant les règles et le thème annoncés dans le défi. En voyant plusieurs personnes se lancer, j’ai décidé à mon tour de relever le défi et de participer au 3ème challenge intitulé « Tout commence mal ». La seule règle étant de commencer son histoire par « C’est pire que tout ce que j’avais imaginé. ».

defi plume

Étant passionnée de jeux vidéo, j’ai décidé d’écrire sur un univers post-apocalyptique, très en vogue ces dernières années, j’espère que cela vous plaira… N’hésitez pas à me donner votre avis, que ce soit en commentaire dans cet article ou sur le réseaux sociaux ! angel


C’est pire que tout ce que j’avais imaginé. Comment ce monde, autrefois si vert et si vivant, avait pu changer à ce point-là en si peu de temps ? J’avais beau me frotter les yeux, derrière mes lunettes à moitié cassées, je voyais toujours le même spectacle de désolation.

Des corps sans vie traînaient ça et là, parfois au coin d’une rue, d’autres fois en plein milieu de la route, dans une position presque grotesque. Certains donnaient l’impression d’être morts d’un coup, avec le visage surpris, pour l’éternité. D’autres semblaient avoir subi mille tourments. Mais il fallait que je continue d’avancer. Pas question de se laisser aller au désespoir et d’être un cadavre de plus parmi la multitude.

Bizarrement, c’était plus facile que je n’aurais pensé. Quand l’esprit subit un choc émotionnel fort, il a plusieurs façons de réagir : il peut s’effondrer complètement sur lui-même, se galvaniser ou nier la réalité. Je fais partie de ce dernier cas de figure. Encore aujourd’hui, après plusieurs semaines d’errance, je ne ressens rien. J’ai l’impression d’être bloquée, de ne pas pouvoir déverrouiller ce mur invisible dans ma tête qui me permettrait de hurler ma colère, de pleurer, de m’effondrer tout simplement. Cette torpeur ne me quitte pas et ce n’est pas plus mal. Elle m’a gardé en vie et m’a littéralement transformée.

Après une minute de contemplation, je finis par soupirer et reprendre la marche. Il faut que je la retrouve. Elle est forcément vivante, il le faut. Comment pourrais-je continuer à vivre dans ce monde sans elle ? Maman… où es-tu donc ?
Quand tout cela est arrivé, elle était partie pour l’Espagne afin de terminer la dernière partie de son voyage initiatique de Saint Jacques de Compostelle. Elle m’avait appelée, me précisant qu’elle était sur le chemin du retour. Et me voilà partie à sa recherche, à pied, dans tout ce qu’il reste de mon pays, avec pour seul équipement, un sac à dos, une carte et une lampe torche.

Pour être honnête, je ne pensais pas que j’irais aussi loin. Je n’avais l’âme d’une aventurière que manette en mains, les yeux vissés sur un écran, à jouer aux jeux vidéo. Mes proches disaient pourtant de moi que j’avais un caractère bien trempé mais c’était seulement pour cacher mon trop grand manque de confiance en moi et me protéger aussi… des autres.

Qui aurait cru à présent que cette jeune femme, si peu sûre d’elle, ferait partie des rares survivants et qu’elle aurait suffisamment de force mentale pour traverser le pays à pied, crapahutant dans la boue et le sang ? Quoi de plus ironique finalement que de se sentir pousser des ailes mais n’avoir personne avec qui le partager ? Je marchais encore trois bonnes heures ce jour-là, avant de décider de me trouver un abri pour la nuit.

Par chance, je trouvais la porte de l’arrière-boutique d’une boulangerie encore ouverte, dans une petite rue suffisamment discrète pour ne pas risquer de faire de mauvaises rencontres. Je passais l’endroit au peigne fin et en profita pour éventrer un sac de croûtons encore parfaitement comestibles qui traînait par miracle sur une des étagères.

Ma vie se résumait à ça depuis que tout ceci avait commencé. Rejoindre la frontière, trouver de quoi manger et éviter les ennuis.

J’étais loin d’être la seule à avoir survécu. Bien sûr, il y eu des millions de morts. Mais l’espèce humaine trouve toujours un moyen de subsister. Et en un sens, c’était un sacré problème. Quand votre monde s’effondre, l’instinct animal prend le dessus et, pour certaines personnes, ce n’était que trop vrai. Quand tu as besoin de survivre, c’est plus facile de piller le voisin que se bouger les fesses à trouver sa propre nourriture. Et puis, il y a aussi ceux qui ont besoin de se prouver qu’ils sont encore vivants, capable de conquérir ce monde qui essaie de les avaler. Il vaut mieux être prédateur que proie, ainsi va la vie sauvage.

Mais je n’étais pas comme ça. Je ne voulais ni être la proie, ni le prédateur. Comment pourrais-je faire sciemment du mal à quelqu’un ? Ce n’était pas dans ma nature. M’exposer au danger ? Être dépendante de quelqu’un ? Trop peu pour moi. J’ai passé toute ma vie à éviter le plus possible de me retrouver dans des situations inconfortables, je n’étais pas prête à ce que cela change aujourd’hui.

Cela faisait plusieurs minutes que je m’étais installée derrière le comptoir, à trouver un semblant de confort sur un plaid rapiécé, quand je l’ai entendu. On aurait dit du métal raclant le sol. Un son glaçant, rompant le calme olympien de mon abri de fortune. Je sus quelques secondes plus tard que ce bruit provenait d’une hache, elle-même tenue par un homme aux traits tirés, qui devait certainement avoir bien plus faim que moi à la vue de son allure générale. Fortement amaigri, il n’en était pas moins musclé, la trentaine passée et semblait parfaitement à l’aise dans ce monde ingrat.

Je l’aperçu de l’autre côté de la vitrine, située en face du comptoir. Je compris rapidement qu’il avait dû me voir entrer dans la boulangerie quelques minutes plus tôt. Il me héla, me demandant de sortir de mon trou. A la manière dont il le fit, j’en déduisis qu’il était fortement alcoolisé. Ce pouvait être une bonne comme une mauvaise chose. Il allait se montrer imprévisible mais j’aurais très certainement la chance de le distancer. Pour cela, je devais me faufiler à la droite du comptoir pour pouvoir passer derrière les présentoirs et rejoindre la porte de derrière, par laquelle j’étais entrée.

A ma grande stupeur, il mit un grand coup de hache dans la porte d’entrée et celle-ci ne mit pas longtemps à céder. Il se trouvait donc à une dizaine de mètres de là quand il s’adressa à moi de nouveau. Mais je n’avais pas le temps de l’écouter, il fallait que je réfléchisse à la manière dont je pouvais me sortir de ce pétrin. Je pourrais effectivement tenter la fuite mais c’était risqué, le sol étant jonché de détritus, il me serait difficile de rester discrète.

Je pourrais tout aussi bien lui balancer un objet dessus, ou au loin pour détourner son attention et déguerpir vite fait. Ou alors… je pourrais aussi l’attaquer. La hache explosa le dessus du comptoir dans un mouvement sec. L’homme venait de repérer ma tête, trop occupée à réfléchir, je ne l’avais pas vu approcher si vite. Prise de panique, je regardais partout autour de moi à la recherche d’une solution. Là ! Un bocal vide traînait à mes pieds, je le pris et le fracassa sur son crâne. Ce dernier tituba un instant puis s’effondra. Il prit quelques secondes pour se ressaisir, j’en profitais pour filer vers la porte d’entrée. Juste au moment où j’attrapais le montant de la porte, je fut stoppée net dans mon élan. La hache se retrouva à quelques centimètres de ma main droite. Mon agresseur venait de la lancer dans ma direction comme s’il jouait à un jeu de fléchettes.

J’eu la mauvaise idée d’essayer d’attraper l’arme pour pouvoir à mon tour m’en servir. Malheureusement, elle était bien coincée dans le bois de la porte et l’homme me tomba dessus. Il me frappa au visage. Le coup était si violent que je tombais en arrière. Je ne sais pas si l’alcool peut décupler la force d’un individu mais l’homme attrapa la hache d’une seule main et se tourna vers moi. Encore sonnée, j’avais peu d’espoir concernant mes chances de survie. Il s’élança dans ma direction. Lorsqu’il fut sur moi, je pris avantage de son élan et pivotait pour qu’il percute les étagères juste derrière moi.

Il lâcha la hache mais m’agrippait fermement, j’en profitais pour le ruer de coups avec le peu de force qu’il me restait. A vrai dire, je ne me souviens pas avec précision ce qu’il s’est passé à ce moment-là. Je frappais encore et encore, je recevais moi aussi de nombreux coups. Il y eu un instant, fugace dans toute cette confusion, où j’ai pu attraper la hache, ne me demandez pas comment. Alors qu’il était allongé par terre, moi à califourchon au-dessus de lui et qu’il m’étranglait à 2 mains, je levais la hache et l’abattit de toutes mes forces sur mon assaillant. Il y eu un bruit parfaitement indéfinissable, l’homme me regardant les yeux écarquillés.

Il resta là, sans bouger pendant un instant qui me sembla une éternité. Ses mains finirent par desserrer leur étreinte et tombèrent lourdement sur le sol. Il était mort, une hache plantée au sommet de son crâne. Je le regardais sans comprendre, tremblant comme une feuille. Je venais de tuer cet homme. Je venais d’ôter la vie à quelqu’un…

Et soudain, ce fut comme si une déferlante me frappait de plein fouet. Ce mur si parfaitement solide qui maintenait mon esprit en place se brisa en mille morceaux. Je tombais sur le côté, prise d’une violente envie de vomir, le cœur battant plus vite que lorsque ma vie était en danger. Je suffoquais, ayant le plus grand mal à reprendre ma respiration. Toute force ayant quittée mon corps, je tremblais de plus belle, prise de convulsions. Et je pleurais aussi, à m’en faire mal aux yeux. Moi qui pensait être froide comme la pierre après cette fin du monde que j’avais vécue, je me rendais compte que mon humanité avait toujours été là, en moi, tapis dans l’ombre, attendant un événement traumatisant pour resurgir.

Il me fallu un temps infini pour me calmer. Ou tout du moins, cela m’a semblé infini. Probablement que tout cela n’avait duré que quelques minutes. Après la difficile acceptation du terrible acte que j’avais commis, je ressentis la culpabilité. Cette bonne vieille sensation qui te brûle le cœur et qui refuse de s’en aller malgré tous les bons arguments que tu te répètes dans ta tête pour essayer de te sentir mieux.

Par je ne sais quel miracle, j’étais indemne. Du moins physiquement. J’avais du sang sur le visage et, mon t-shirt autrefois gris, était poisseux. Mais ce n’était pas le mien, il me fallu quelques secondes avant de le réaliser pleinement. Je me relevais, trouvais une bâche près des poubelles, dans la rue donnant sur l’arrière-boutique et recouvrais alors le cadavre qui fut autrefois un homme. Je rassemblais mes affaires, récupéra la hache et pris la décision de partir même si la nuit était à présent tombée. Il fallait que je sorte au plus vite de cette boulangerie pour respirer l’air frais à pleins poumons, pour tenter en vain, de me donner une contenance.

Depuis ce moment fatidique, il n’y a pas une seule nuit où je n’ai pas revécu cette agression dans mes cauchemars. Comme si mon inconscient cherchait à me faire à tout prix accepter la vérité. J’étais devenue le Prédateur… et ceci n’était que le début.

Eve

Eve

Gameuse sur consoles de salon depuis près de 20 ans, webmaster et web designer dans la vie, j'ai souhaité partager ma passion des jeux vidéo ainsi que d'autres sujets dits "geek" dans mon propre site internet.

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